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Je me rappelle

Il y a des moments qu’on n’oublie pas… jamais. Des moments tellement intenses qu’on se rappelle de tout, les vêtements qu’on portait, la couleur du ciel, les odeurs, le goût du moment au fond de la bouche. Il en est ainsi du moment où nous avons appris que notre bébé était mort. Un magnifique matin de juin, une échographie de routine, nous allions savoir si Cocotte et Coco allaient avoir un frère ou une soeur. Le ciel était bleu, bleu comme dans les films, je portais un jeans et un t-shirt noir, ça sentait pour la première fois l’été, l’été tout frais pas la canicule et ça goûtait le bonheur. Nous n’avons rien su à ce moment là de la fille ou du garçon, mais nous avons appris que le bonheur peut aussi goûter le sûri. Je me rappelle de tout, de mes larmes, des bras de mon amoureux, de la douleur, du poids dans mon corps, le sien et celui de la mort et de la douleur. Je me rappelle de tout… Elle aurait un an ces jours-ci. Elle marcherait probablement, elle aurait le sourire de Cocotte et Coco, les yeux de son papa et la douceur de mon mini. Elle n’est plus, elle ne sera jamais et ça fait encore mal. Je n’oublie pas, je n’oublierai jamais… alors inutile de me dire “Quoi tu y penses encore, même avec ton nouveau bébé.” J’y penserai toujours. C’est ainsi et c’est bien ainsi.

Numéro 4: L’amour

Pour moi l’amour ça n’a pas de définition absolu, c’est plutôt comme un ramassis de moments, de flashs.

Flash #1 Le jour où j’ai su: Je partageais ma vie avec mon geek depuis un petit moment déjà, je savais que je l’aimais, que c’était spécial et tout, mais un jour j’ai su. J’ai su que c’était lui, vraiment lui, qu’il serait mon Homme, le père de ma marmaille, LUI quoi. Et ça c’est passé en 3 secondes, comme une illumination. Je me rappelle tout de ce moment, l’odeur, la couleur, son regard, nos vêtements, tout. Et à ce jour, c’est encore pour moi le plus beau jour de ma vie.

Flash #2 Le jour où mon enfant est devenu vraiment le mien: Quand j’ai accouché de ma fille le tourbillon a été intense. Beaucoup d’émotions, plein d’interventions médicales, montée de lait, hospitalisation, problème de ci et de ça. J’aimais déjà ma poulette, mais je ne mesurais pas. Puis un jour après notre retour à la maison, alors qu’on commençait à se connaître, que le quotidien prenait sa place, je l’ai regardé et comme ça, encore dans un flash de 3 secondes, elle est devenue vraiment ma fille. Ce bébé incroyable était le mien… pour toujours. Et j’ai compris avec elle que le mot toujours pouvait s’employer avec amour sans aucune crainte de forcer le destin.

Flash #3 Le jour où j’ai perdu: J’ai réalisé la grandeur de l’amour le jour où j’en ai perdu une partie. Quand ma fille est morte cela a été le bri d’une partie de moi, une petite fin en soi. Mais paradoxalement cela a aussi été pour moi la réalisation de l’ampleur de mon amour pour mon geek et mes deux autres cocos. Je n’ai jamais aimé Ben comme je l’ai aimé à ce moment là. Comme ci d’avoir réussi à créer la vie, mais aussi la mort nous avait permis de toucher quelque chose de plus grand, de plus gros. J’ai réalisé que je pouvais peut-être apposer le mot toujours à amour près du sien.

Numéro 3: Le plaisir (prise 2)

Un petit plaisir caché… j’arrive le soir après les autres, j’ouvre lentement la porte de la maison sans faire de bruit et j’écoute ma petite famille vivre. Les enfants qui papotent, le bruit de la vaiselle, le geek qui discute et j’ai le coeur qui bât plus vite, plus fort. Tout ça c’est aussi pour moi… Le plaisir.

Numéro 3: Le plaisir

Petit matin de printemps après 15 jours de pluie, le ciel est bleu provence, le soleil brille, les pissenlits sont en fleur et j’attends l’autobus qui est en retard. Et j’ai envie de sourire à m’en fendre les babines, il fait beau, je suis enceinte, j’ai un amoureux, des petits loups, c’est beau la vie. Le plaisir de vivre ce moment là… juste pour moi.

Numéro 2 : Le bonheur

Le bonheur en 4 temps:

1er temps:
Mon amoureux et moi en voiture, il fait beau soleil, les enfants jacassent à l’arrière, le geek conduit le sourire au lèvre. Il me regarde et bang comme cela de nulle part il dit: “Je trouve qu’on vieillit tellement bien ensemble”. Le bonheur…

2e temps:
Matin de fin de semaine, j’entends une porte ouvrir, des petits pieds sur le plancher, des murmures de conspiration, la vaiselle qui se fait brasser. La porte s’ouvre, ma grande cocotte s’amène avec le petit déjeuner au lit, une rôtie (froide) au beurre d’arachide (presque absent) et un verre de lait (un peu chaud). J’aurais bien dormi encore un peu, mais son sourire, son sourire à ce moment. Le bonheur…

3e temps:
L’heure du souper, Cocotte qui rouspète, le chien qui demande la porte, les pâtes qui sont cuites, la sauce qui colle, Coco qui s’accroche à ma jambe en gueulant “MAMAN, MAAAMAN!”. Moi, un brin exaspéré “Quoi?”. “Je t’aime autant que le soleil et l’univers”. Le bonheur…

4e temps:
Journée de fou à la bibliothèque. C’est la pleine lune, les usagers sont en furie, ma patience fond lentement, mais sûrement et au moment où je me sens au bord de hurler. “Toc toc” Louis-Philippe me salue. Le bonheur…

Numéro 1: La peur…

Vilaine petite bête envahissante qui corrompt. Avant l’été dernier j’avais mes peurs, des petites angoisses, des inquiétudes, ma plus grande peur c’était perdre un enfant, j’étais certaine de ne jamais m’en remettre, d’en mourir. La vie a décidé que je devais tester la chose, j’ai perdu un bébé, une petite fille à 5 mois de grossesse, Angélique. Elle est partie sans rien dire, sans même que moi sa mère j’en aie conscience. Elle est morte et je n’ai rien pu y faire, je n’ai rien pu dire, c’est arrivé, c’est tout. Et maintenant j’ai encore plus peur… Je n’ai plus peur de ne pas m’en remettre, d’en mourir, au contraire… je sais maintenant que l’on survit, qu’on s’en remet, irrémédiablement changée, mais toujours en vie. J’ai peur du vide, de survivre et de devoir revivre ce gouffre, cet immense trou. Je ne passe pas ma vie à y en penser, mais parfois comme ça dans un petit moment de cafard, elle est là cette peur. Chaque fois que Louis-Philippe sommeille, qu’il prend une pause d’exercice, chaque fois que Cocotte ou Coco éclate en pleur quelque part dans la maison… et si… Je n’y peut rien, je n’y pourrai jamais rien, mais ce que mon innocence me manque parfois…

Chronique de sentiment…

J’ai envie sporadiquement de faire des petites chroniques sur mes états d’âme, parler de ma position par rapport à un sentiment, le disséquer, l’analyser, bref en parler. Faites donc part de votre position sur le sujet.