novembre 3, 2006
Ma vie comme un grand livre
Certaines personnes sont touchées par le cinéma, d’autres par la musique, moi c’est les livres. Aucun médium ne me touche et ne m’affecte autant que la lecture. Et c’est que je n’y étais pas prédestinée, chez nous ça ne lit pas, pas un peu, non pas du tout. Et moi je lis, pas un peu, non beaucoup, mais jamais assez pour mon bonheur. La lecture est partout dans ma vie. Je peux refaire le cours de ma vie au fil de mes lectures.
Mes premières lectures: une boîte d’Alice de la bibliothèque verte donnée par une cousine trop vieille pour ces lectures d’enfant. Je devenais avec la jeune détective une enquêteuse de grand crime. Tant de soirées passées sous les couvertures avec ma lampe de poche à guetter l’arrivée imminente d’un parent sadique qui interromperait ma lecture avant la fin. Ma première overdose de lecture, 8 ans et probablement ce qui explique mon attachement encore aujourd’hui pour les intrigues policières.
Les malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur: D’abord en bandes dessinées puis en roman. Que de larmes j’ai versé pour la malheureuse et méchante Sophie. J’ai pris sa place tant de fois. Et c’était écrit par une Comtesse, quel drame. 9 ans, ma découverte des BD et des grands auteurs.
Anne la maison aux pignons verts: Mon premier vrai roman à mon sens. Celui qui pour la première fois m’a amené ailleurs. Je me rappelle encore ces premiers moments d’absence que m’apportait la lecture, moments qui rendaient ma mère folle à force de me crier après pour que j’arrive à l’entendre et qui rendent aujourd’hui le Geek fou parce que quand je lis je ne suis plus toute là. Anne Shirley et son beau Gilbert… mon premier rêve de prince charmant. 11 ans.
Les misérables: Ah mes rêves d’amour pour Cosette et Marius. Et mon premier coup de coeur pour Paris. 14 ans.
Les romans de Stephen King particulièrement Ça. J’en ai passé des nuits blanches par la faute de ce livre. Le nombre de fois où je craignais d’ouvrir la lumière de la salle de bain en pleine nuit et de trouver un massacre de sang.
Les chemins de la liberté de Sarte: Une trilogie dont j’ai tellement aimé les deux premiers que je me rappelle encore de l’odeur de ma chambre quand je les ai lu. Livres achetés à une librairie d’occassion pour 2$. 2$ qui ont changé ma vie. Des anti-héros, des gens ordinaires, une passion d’être. Ma découverte de la philosophie et de la gauche à 17 ans.
La peste de Camus: Mon premier livre obligatoire que je n’avais pas encore lu. Étrangement malgré le fait qu’il ne s’agit pas d’un livre d’histoire, ce roman a concrétisé pour moi mon choix d’étudier l’histoire. Le narrateur que j’avais deviné au deuxième chapître et que je suivais allègrement dans ses périples. 17 ans.
Les fous de bassan d’Anne Hébert: Roman choisis parce qu’il n’y avait rien d’autre à la bibliothèque. Le choc. La découverte. Des fantômes qui errent sur une plage, une poésie merveilleuse. 18 ans. J’ai aimé le reste de son oeuvre, mais je garde pour cette première lecture une préférence, probablement parce que je n’avais aucune attente.
L’âge de la parole de Roland Giguère: Le poète de mon amour. Celui dont le Geek m’a lu des extraits juste avant de professer pour la première fois son amour. Roland Giguère que je relis secrètement périodiquement, la dernière fois j’ai appris sa mort le lendemain et j’ai pleuré.
Soie de Alessandro Barrico: Mon plus grand coup de coeur. Une économie de mot incroyable, un désir, un besoin. Ce livre est le plus grand de tous, Je l’ai lu un nombre incroyable de fois, je l’ai même lu en italien (version originale) pour mieux en capter l’essence. Une phrase comme une brèche dans mon coeur “Mourir de nostalgie pour quelque chose que je n’ai même pas vécu”. Depuis je m’emplois à ce que cette phrase ne s’applique pas à moi.
Les romans policiers d’Elisabeth George: Un différent par bébé. Chacun rythme une fin de grossesse au repos. Des romans policiers intelligents, sensibles, marquants. À Angélique je m’en suis achetée un aussi, après, comme une tradition.
Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche: J’ai repoussé la lecture de ce livre longtemps. L’auteur m’était antipathique, je refusais de croire qu’il pouvait écrire quelque chose de touchant. Je me trompais… radicalement. Je me rappelle encore pleurer comme une madeleine dans le métro à tel point que des inconnus me demandaient si ça allait. J’avais envie d’hurler que ça n’allait pas, que ça n’irait plus jamais parce que quelque part des Gentille mourraient. Un grand livre.
Il y en a tant d’autres… tellement que je pourrais y passer la nuit. Et le plus beau c’est qu’il y en aura encore d’autres. Et vous des livres marquants?
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