Christiane

La mort est un tabou tenace, la mort d’un bébé l’est encore plus. Quand notre Angélique est morte les gens nous ont témoigné beaucoup d’empathie, de sympathie et de douceur, mais il y avait souvent comme un malaise, un inconfort. Je les comprends parfaitement de ne pas avoir su exactement quoi dire ou quoi faire, mais pour nous juste un geste de reconnaissance de notre peine était déjà beaucoup. J’ai eu droit à plusieurs téléphones de sympathie, des messages de réconfort, des cartes pleines de mots doux. Cela a mis un grand baume sur ma peine. Tous les témoignages se sont surtout fait avec retenue et distance. Mis à part nos familles immédiates, les gens se gardaient une distance.

Grande-Dame , qui m’a largement inspirée ce billet, raconte tous les témoignages de sympathie auquel elle a eu droit à la mort de son fils. Elle dit combien deux mamans algériennes l’ont touché avec leur générosité. Ça m’a donné envie de partager avec vous l’un des plus beaux gestes que quelqu’un a posé quand nous avons perdu notre bébé.

Le jour où j’ai appris que notre bébé était mort, la vraie vie devait continuer. J’allais accoucher le lendemain et il fallait vaquer à notre vie en attendant. J’avais un intense besoin de la présence de mes autres enfants. Je suis donc allée chercher mon fils à la garderie et ma fille au service de garde de l’école. En arrivant à l’école ma fille m’a accueilli en voulant savoir si je portais une soeur ou un frère (c’est à l’écho de routine que nous avons appris la mort d’Angélique et ma fille attendait impatiemment ce moment pour savoir le sexe du bébé). J’ai écarté la question et Cocotte bien que déçue a laissé tomber. L’éducatrice de ma grande par contre a senti que quelque chose n’allait pas. Pendant que ma fille ramassait ses choses elle m’a demandé ce qui se passait. Les yeux dans la flotte j’ai essayé de lui dire, mais ça ne sortait pas. Elle m’a pris la main et j’ai réussi à baragouiner que le bébé était mort. Et là Christiane, ma belle Christiane m’a prise dans ses bras et m’a bercé en pleurant avec moi. Je suis très prude de mes sentiments, mais elle a fait ce dont j’avais exactement besoin. Je ne l’ai pas remercié de sa grandeur, mais ce jour là sa chaleur m’a réconforté plus que je ne l’aurais cru possible. Une quasi étrangère m’a ouvert les bras et m’a donné une parcelle d’elle-même. J’ai senti de la compassion, un sentiment vrai et fort. On m’a témoigné beaucoup de sympathie par la suite, mais ce que Christiane a fait a dépassé ce dont je m’attendais, ce dont j’espérais. Elle a laissé tomber la distance, la retenue.

Encore aujourd’hui quand je repense à sa réaction, je ressens une grande chaleur et beaucoup de tendresse pour son geste. Je ne lui ai jamais dit combien j’avais apprécié ce qu’elle a fait, je me promets de le faire d’ici la fin de l’année scolaire et de lui présenter mon Lou. D’ici là je lui dit ici, merci Christiane.

Comments

  1. juin 7th, 2007 | 9:03 pm

    Très touchant ton billet, autant qu’humaine a su être cette Christiane.

    Ce genre de geste nous reste à jamais dans le coeur et vaut une gratitude infinie.

    C’est tellement weird de porter un deuil et de poursuivre mécaniquement des gestes quotidiens…aller à l’épicerie, rapporter les films au club vidéo, mettre de l’essence.

    Les gestes ne semblent plus avoir le même sens de l’intérieur, alors que de l’extérieur, qui se douterait du malheur que l’on porte?

    Lorsqu’une personne, proche ou pas, nous témoigne à ce moment de la compassion et reconnait notre chagrin, elle vient de s’assurer d’une place V.I.P. dans notre considération.

  2. juin 7th, 2007 | 9:09 pm

    Exactement Grande Dame exactement… Je me rappelle ce jour là j’ai dû faire des achats à la pharmacie pour l’accouchement, c’était surréaliste, j’étais là mais pas là.

  3. forsythia
    juin 7th, 2007 | 10:05 pm

    Et moi je pleure en ce moment même.
    Y’a pas de mots intelligents pour des cas comme ça.
    une grande dame cette Christiane.

  4. juin 8th, 2007 | 7:33 am

    C’est fou ce que ca nous tire les émotions et les larmes, ces histoires-là… Je ne sais quoi dire, sauf mes sympathies en retard et je reviendrai lire les archives et te suivre dans ton quotidien.

  5. juin 8th, 2007 | 7:38 am

    Je trouve toujours rassurant de savoir qu’il existe des gens comme Christiane sur cette terre.

    Très beau billet, très touchant.

  6. juin 9th, 2007 | 8:26 pm

    Un billet très émouvant. Je suis contente pour toi qu’il y ait eu cette personne au moment où tu en avais besoin.

  7. juin 13th, 2007 | 4:09 am

    “La mort est un tabou tenace”
    En effet, à preuve cela fait presqu’une semaine que tu as posté ce billet et toujours je cherche quoi y répondre. Je m’efface, préférant faire parti de la masse anonyme qui ne dit rien plutôt que de dire quelque chose à côté de la plaque et prendre personnalité comme étant “celle qui n’a rien compris”.
    Mais au fond, derrière la peur de mal faire, se cache l’envie d’être une Christiane et d’instinctivement connaître les gestes et les mots qu’il faut…

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