Le poids du passé

Quand j’étais jeune mes grands-parents habitaient avec nous. De l’extérieur on formait une belle petite famille parfaite, mais de l’intérieur comme toutes les familles ça craquaient un peu. En fait, la grosse craque c’était un secret, un tabou, un “faut pas que personne sache”. Et aujourd’hui ce secret, pourtant mort avec celui qui l’a porté, m’empoisonne encore la vie.

Je vous explique…

Le Geek rentre hier d’un 5 à 7 (plutôt un 5h à 11h) un peu (pas mal) pompette. Pas grave, il rentre pompette une-deux fois par année, ça ne me dérange pas, mais… Et s’il ne pouvait plus s’amuser sans boire, s’il en avait besoin tout le temps, s’il était alcoolique? Les nerfs me direz-vous et vous avez raison sauf que quand l’alcoolisme t’a touché de près, on ne s’en débarasse pas comme ça. J’ai donc du refaire encore une fois une petite thérapie interne pour m’apercevoir que ça fait partie de moi, que c’est ça, que je le porte, que ça me rend plus intense, mais que de le savoir c’est déjà ça de pris. Le Geek le sait, il me connaît, il a cuvé sa bière en silence (pas trop difficile, il s’est écroulé dans le lit en arrivant ;) ) et il a laissé aller.

Mon grand-père buvait. Un alcoolique social, jamais déplacé, toujours de bonne humeur, pour l’enfant que j’étais son problème de boisson ne me semblait pas un problème. Mais pour les grands autour de moi c’était l’enfer. Les secrets, les larmes, les cris, les “chut, chut, chut”. Je ne comprenais rien, sauf que ça n’allait pas. Toutes les cachettes, couper le gros gin avec de l’eau en cachette, cacher le 6 packs de bière, cacher et encore cacher. Mon grand-père que j’ai aimé de tout mon coeur a finalement arrêté de boire, complètement. Le secret en est resté un, chut chut chut encore. On oublie tout, on fait comme si ça n’avait jamais été. Si ça n’était pas. Pas d’alcoolique chez nous, non voyons, jamais.

Aujourd’hui j’en ai assez du secret. Son honneur est sauf, il est mort depuis bientôt dix ans et aujourd’hui c’est ceux qui restent qui portent le fardeau et je refuse de le porter en secret. L’alcoolisme de mon grand-père a créer en moi une brèche. Je ne pourrai jamais savourer pleinement un verre de rouge, je craindrai toujours de porter ce vice en moi. C’est comme ça. Mais je refuse de faire comme si ça n’existait pas, je refuse de taire quelque chose qui m’empoisonne. L’alcoolisme est une maladie, la cacher n’aide personne. Pour “guérir” l’alcoolique doit reconnaître son problème, encore faut-il qu’autour de lui on reconnaisse qu’il y a effectivement problème.

Alors voilà je me suis excusée au Geek (pour rien il se rappelait à peine ce que j’avais dit ;) ) et j’accepte de porter ça et de vivre avec. Vivre avec un alcoolique n’est pas simple et vivre avec un alcoolique un jour c’est vivre avec un alcoolique toujours.

Comments

  1. May 10th, 2007 | 8:40 am

    Pauvre petit Geek!

    Mais je comprends un peu ta réaction, ça doit être un passé difficile a porter. Tu semble t’en être bien tiré finalement! ;)

  2. May 10th, 2007 | 9:20 am

    Mon père est alcoolique et parce que j’apprécie les apéros et le bon vin, je crains souvent puisque, c’est connu, c’est une maladie souvent transmissible de génération en génération.

    Tout est question de dépendance. Apprécier l’alcool et n’être pas dépendante, c’est parfait. Toutefois, quand on a été heurté par un alcoolique, je crois que l’on doutera toujours.

  3. May 10th, 2007 | 10:10 am

    Ouin, j’aurais pu écrire ce billet mot pour mot. Mon père était alcoolique et ne s’en est jamais guéri. Jamais je ne pourrais envisager que l’homme qui partage ma vie soit aussi atteint de cette maladie. Je serais incapable de le supporter, les blessures sont encore trop fraîches et je crois qu’elles le resteront toujours, finalement.

    Mon chum, comme le tien, ne boit presque jamais et j’en suis très heureuse. Je serais inquiète, si je le voyais arriver pompette. Ce serait plus fort que moi…

    On va laisser Mamannie boire toute seule et nous, on va se goinfrer d’eau? :c) Je suis peut-être poire, mais je ne trouve pas ton adresse électronique sur ton blogue… :s On se fait toujours une petite soirée?

  4. barb
    May 10th, 2007 | 12:42 pm

    Tu écris à juste titre : “L’alcoolisme est une maladie, la cacher n’aide personne. Pour “guérir” l’alcoolique doit reconnaître son problème, encore faut-il qu’autour de lui on reconnaisse qu’il y a effectivement problème.”
    Pour guérir, les membres de la famille doivent en parler aussi. Des fois, même très souvent, l’acoolique ne veut pas guérir, mais les autres doivent sauver leur vie.
    Ma mère est alcoolique, je suis partie très loin (changement de continent) et maintenant je suis même capable d’apprécier un bon verre sans paniquer. Et j’accepte sans problème que mes proches sont pompettes de temps en temps. Mais j’en ai parlé beaucoup. Avec des professionnelles et avec mes amis et proches. Bonne chance à toi.

  5. Maryse
    May 10th, 2007 | 3:38 pm

    Bon, moi aussi j’aurais pu écrire ce billet, mon père alcolo, son père alcolo, ses frères, et sûrement mon arrière grand-père. Quand je vois ma grande soeur qui boit de plus en plus j’ai peur. De mon côté je suis toujours celle qui casse le party parce que je ne bois pas, je ne supporte pas et ça m’énerve que les gens mettre de la pression. Un jour je leur ai fait croire que j’étais alcolo et que c’était pour ça que je refusais toujours leur verre de vin. Ça leur a enfin cloué le bec. Le père de mon chum était alcolo, mon chum sait s’arrêter mais aime boire. je ne peux m’empêcher de reconnaître des mimiques de quelques bières, mimiques qui me sont trop familières. Quand j’étais petite je rêvais secrètement d’aller mettre le feu dans les SAQ. Le dimanche était jour de sobriété jusqu’à ce que ces SAQ ouvre. Fini, plus de répis pour ma mère nou nous. Juste l’odeur du Rhum me donne des haut le coeur. C’est fou ce que ça empoisonne une vie. Mon père aurait tellement pu avec tous les talents qu’il avait, faire autre chose de sa vie, autre chose de plus créatif. Heureusement il y a le poids du passé et il y a aussi les beaux souvenirs ailleurs.

  6. May 11th, 2007 | 7:49 am

    Je connais aussi la réalité de vivre avec un alcooolique. Mon père est alcoolique mais ne devient jamais violent ni rien. C’est juste qu’il boit à tous les jours et ce, dès son réveil.

    Je ne pourrais pas vivre avec un conjoint qui a le même problème. Je voudrais l’aider mais qui peut aider une personne qui ne reconnait pas son problème??

    Malheureusement, l’alcoolisme des uns n’est pas sans conséquences sur la vie de leurs proches.

  7. May 11th, 2007 | 11:21 am

    Ici c’est les femmes dans ma famille qui ont se problème, ma mère surtout. Elle est du genre à ne pas pouvoir garder un boulot parce qu’elle n’a plus le temps de boire comme elle le souhaite. Elle préfère servir des ” ramens ” au repas à mes frères et ma soeur parce qu’elle garde ses sous pour achèter de la bière.

    Ca me crée une blessure et une peur qui ne veut pas partir. Je bois tellement rarement, les gens me trouvent bizarre :P Je me suis achète un ” 6 pack ” de ma bière préféré quand j’ai cessé d’allaiter Mini A il y a plus d’un an … et c’est mon ex qui l’a bu. J’ai tellement peur de boire et de devenir accro que je m’en passe. Quand l’envie me prend, pour le plaisir, je peux être des semaines à me questionner à savoir si je devrais boire un verre ou pas. C’est complètement ridicule :P Je ne veux pas que mes filles vivent ce que j’ai pu vivre. Je suis chanceuse, mon amoureux ne boit pas non plus ( très rarement du moins ).

    Je me sens moins seule à lire ton texte. Merci :)