Souvenir

Une de mes bloggeuses favorites a écrit un magnifique billet sur le souvenir. Je n’ai nullement l’intention de comparer mon malheur au sien, car bien que mon histoire soit triste il ne fait aucun doute dans mon esprit que sa douleur n’a pas d’égal dans mon vécu. Loin de moi encore l’idée de faire un concours de “celui qui souffre le plus”, mais je sais pour avoir effleuré la chose que perdre un enfant vivant est assurément plus douloureux. Mais là où j’ai senti une parenté c’est lorsqu’elle parle de la peur d’oublier, pas le passage de la personne, non plutôt son essence via les petits détails de ce qu’elle était.

J’ai si peu de souvenir de ma mini fille vivante. Je ne sais pas à qui elle aurait ressemblée, je ne connais pas le son de sa voix, je ne connais pas son odeur, je ne connais pas la douceur de peau. J’essaie de revivre sa naissance souvent pour ne pas oublier, parce que je veux me rappeler chaque seconde, parce que c’est tout ce que j’ai d’elle. Je n’ai pas de photos d’elle, c’est mon choix, je ne le regrette pas, je ne veux pas me rappeler d’elle morte, je veux le souvenir de sa vie. Mes souvenirs les plus intenses de sa courte présence, de sa vie sont ses mouvements. Longtemps après son départ je la sentais encore qui bougeait en moi et ces mouvements étaient pour moi d’une douceur sans nom. Puis le souvenir s’est estompé, j’avais beau fermer les yeux, espérer, je ne le sentais plus, et Lou a fait sa place dans mon bedon. Bien que j’aie travaillé fort sur mon deuil, sur le fait de bien dissocier Angélique de cette nouvelle grossesse, je dois avouer que j’attendais les premiers mouvements de mon nouveau poussin comme un espoir de caresser un peu ma puce.

La première fois que Lou a bougé ce n’était pas pareil, pas du tout. Et bien que j’ai été transportée de joie par mon mini qui gigotait, une partie de mon coeur pleurait. J’ai compris complètement à cet instant là que c’était vraiment fini, qu’Angélique était partie, pour toujours. Je me suis mise à apprécier les mouvements de mini pour leur propre particularité, j’ai appris à connaître mon Lou pour lui-même et j’ai laissé Angélique partir.

Puis un matin alors que je n’attendais plus, je l’ai senti. À l’état de mi-éveil j’ai senti ma puce qui bougeait, pas Lou, elle. En fait, Lou ne bougeait même pas, c’était ce souvenir d’elle que je ressentais. C’est de loin un des moments les plus intenses de ma vie. J’ai du la laisser partir pour mieux la sentir revenir. Ça n’est plus arrivé, mais je garde de ce moment un merveilleux souvenir.

Comments

  1. fabienne
    décembre 24th, 2006 | 11:51 am

    La peur d’oublier, je connais aussi.
    Et pour ceux qui nous entourent, construisons-leur des joies de noël inoubliables.
    Heureux, paisible, tendre réveillon de noël à vous.

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