Archives de novembre 2006

Baptême de baptême

Avec l’arrivée de Louis-Philippe on s’est questionné. Baptisera, baptisera pas. Les deux autres le sont en grande partie pour faire plaisir à ma mamie. Ce n’est pas une super raison vous me direz, et bien pour moi ça l’était. Mes grands-parents ont habité avec nous quand j’étais jeune, pour eux les choses d’Église étaient importantes, que dis-je elles étaient primordiales, sacrées et je respectais ça. Faire baptiser mes enfants c’était comme leur démontrer mon respect. Il n’était aucunement question que ça aille plus loin, pas de première communion ou tout le reste, là ça dépassait mes capacités et je me serais sentie hypocrite. Avec Louis-Philippe je ne voyais pas l’intérêt, papie et mamie sont morts et il est évident que le Geek et moi on n’est tout sauf pratiquants, je ne vous parle même pas du croyants. Je crois à plein de choses, je trouve le message de base de l’Église beau, mais tout le reste… Ouach! Alors on s’est dit pas de baptême. Ça ruait un peu chez les grands-parents, pas grave je m’en foutais parce qu’ils ne pratiquent pas, pas comme mamie et papie. Mais finalement on a changé d’idée, pas à cause de la pression familiale, pantoute, si vous saviez tout ce que j’ai fait qu’ils n’approuvent pas… c’est pas un baptême qui me fait peur ;) Non, on a changé d’idée à cause de Cocotte. Quand on lui a dit que son petit frère ne serait pas baptisé, elle s’est insurgée. On a eu beau lui expliquer qu’on ferait une fête quand même, une fête de bienvenue, ça ne faisait pas. Cocotte nous a servi le meilleur argument: “Mon petit frère ne sera pas comme nous. Pourquoi? Ce n’est pas juste pour lui. Comment tu vas lui expliquer maman que lui il n’est pas baptisé?” Je sais bien qu’on avait qu’à faire ce qu’on voulait, que Cocotte comprendrait plus tard, mais au fond elle a un peu raison. Mamie et papie ne sont plus, mais rien ne nous empêche de faire ça en mémoire d’eux. Louis-Philippe sera donc baptisé et pour faire certain de ne pas me sentir hypocrite j’ai dit lors de son inscription la raison pour laquelle je voulais un baptême. Je pensais bien me faire revirer par la madame de la paroisse, mais elle m’a dit qu’au moins j’étais honnête et que ma raison en valait bien d’autre. Alors voilà, je ne suis pas convaincue à 100% mais je me sens mieux depuis et Cocotte a dit “bon là notre frère va être pareil comme nous”.

Je me rappelle

Il y a des moments qu’on n’oublie pas… jamais. Des moments tellement intenses qu’on se rappelle de tout, les vêtements qu’on portait, la couleur du ciel, les odeurs, le goût du moment au fond de la bouche. Il en est ainsi du moment où nous avons appris que notre bébé était mort. Un magnifique matin de juin, une échographie de routine, nous allions savoir si Cocotte et Coco allaient avoir un frère ou une soeur. Le ciel était bleu, bleu comme dans les films, je portais un jeans et un t-shirt noir, ça sentait pour la première fois l’été, l’été tout frais pas la canicule et ça goûtait le bonheur. Nous n’avons rien su à ce moment là de la fille ou du garçon, mais nous avons appris que le bonheur peut aussi goûter le sûri. Je me rappelle de tout, de mes larmes, des bras de mon amoureux, de la douleur, du poids dans mon corps, le sien et celui de la mort et de la douleur. Je me rappelle de tout… Elle aurait un an ces jours-ci. Elle marcherait probablement, elle aurait le sourire de Cocotte et Coco, les yeux de son papa et la douceur de mon mini. Elle n’est plus, elle ne sera jamais et ça fait encore mal. Je n’oublie pas, je n’oublierai jamais… alors inutile de me dire “Quoi tu y penses encore, même avec ton nouveau bébé.” J’y penserai toujours. C’est ainsi et c’est bien ainsi.

Un autre petit tour…

J’en ai trop oublié des livres que j’ai aimé, je m’en veux quasiment. Alors je fais un autre petit tour question de remettre sur le tapis quelques incontournables de mon petit monde. Merci à vous pour vos expériences et vos coups de coeur. J’ai soudain une envie dévorrante de livres. Je lis comme plusieurs d’entre vous beaucoup moins depuis l’arrivée de mes cocos, mais chaque fois que je m’y remets je me dis que je n’aurais pas dû négliger ma lecture autant. Je suis toujours de meilleures humeurs après un bon (de préférence) livre.

L’odeur du café de Dany Laferrière: J’aime Dany Laferrière d’amour. J’adore sa façon directe et sans faux semblant de donner son opinion. J’aime sa profondeur toute en nuance et j’adore ses livres. Je n’ai jamais mis les pieds en Haïti, mais mon petit doigt me dit que ça doit ressembler à ce que Dany en dit. Un grand merci à ma copine Véro qui m’a fait découvrir l’odeur du café, un roman d’une sensualité incroyable.

Michel Tremblay: Tout de lui, oui même le supposé moins bon. J’en ai parlé dans les commentaires de mon précédent billet, mais je me devais d’en reparler. Michel Tremblay c’est pour moi une porte d’entrée sur le monde de ma grand-mère et de ma mère. Une manière pour moi de mieux les comprendre et de sourire à leur “chéseuse” et “carenas”. Une façon aussi de ramener le Plateau sur terre ;)

The Hours de Michael Cunningham: J’ai lu le livre avant d’avoir vu le film qui était aussi fort bon, mais le livre lui était plus que bon, il était divin.
Je l’ai lu en version originale et j’ai craqué. Du coup, j’ai découvert Virginia Woolf.

Gaston Miron: Découvert grâce à une exposition à mon ancien lieu de travail. J’y suis allée sur l’heure du dîner, juste comme ça. Ah le pouvoir des mots. La marche à l’amour c’est d’une puissance et d’une justesse incroyable. Je ne suis pas une super amoureuse de poésie, mais là c’est impossible de résister.

Je n’ai pas lu tous les grands classiques. J’en ai lu certains. J’en ai aimé plusieurs et j’en ai détesté d’autres. Le père Goriot de Balzac, pas capable, mais Victor Hugo par exemple plus d’une fois. Il me reste tant de livres à découvrir et si peu de temps… quand bien même je vivrais 100 ans ce ne serait jamais assez.

Et contrairement à ce que disent plusieurs bibliothécaires, j’ai choisi la profession aussi parce que j’aime les livres, pas uniquement pour ça, mais en partie. En fait, un bibliothécaire se doit d’aimer les livres selon moi, sinon ce serait comme un cordonnier qui a une sainte horreur des pieds. On s’entend il travaille pour les souliers, mais le pied reste sa base. Moi et mes métaphores à dix cennes, je vous laisse là-dessus je m’en vais me soigner le pied d’athlète.

Ma vie comme un grand livre

Certaines personnes sont touchées par le cinéma, d’autres par la musique, moi c’est les livres. Aucun médium ne me touche et ne m’affecte autant que la lecture. Et c’est que je n’y étais pas prédestinée, chez nous ça ne lit pas, pas un peu, non pas du tout. Et moi je lis, pas un peu, non beaucoup, mais jamais assez pour mon bonheur. La lecture est partout dans ma vie. Je peux refaire le cours de ma vie au fil de mes lectures.

Mes premières lectures: une boîte d’Alice de la bibliothèque verte donnée par une cousine trop vieille pour ces lectures d’enfant. Je devenais avec la jeune détective une enquêteuse de grand crime. Tant de soirées passées sous les couvertures avec ma lampe de poche à guetter l’arrivée imminente d’un parent sadique qui interromperait ma lecture avant la fin. Ma première overdose de lecture, 8 ans et probablement ce qui explique mon attachement encore aujourd’hui pour les intrigues policières.

Les malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur: D’abord en bandes dessinées puis en roman. Que de larmes j’ai versé pour la malheureuse et méchante Sophie. J’ai pris sa place tant de fois. Et c’était écrit par une Comtesse, quel drame. 9 ans, ma découverte des BD et des grands auteurs.

Anne la maison aux pignons verts: Mon premier vrai roman à mon sens. Celui qui pour la première fois m’a amené ailleurs. Je me rappelle encore ces premiers moments d’absence que m’apportait la lecture, moments qui rendaient ma mère folle à force de me crier après pour que j’arrive à l’entendre et qui rendent aujourd’hui le Geek fou parce que quand je lis je ne suis plus toute là. Anne Shirley et son beau Gilbert… mon premier rêve de prince charmant. 11 ans.

Les misérables: Ah mes rêves d’amour pour Cosette et Marius. Et mon premier coup de coeur pour Paris. 14 ans.

Les romans de Stephen King particulièrement Ça. J’en ai passé des nuits blanches par la faute de ce livre. Le nombre de fois où je craignais d’ouvrir la lumière de la salle de bain en pleine nuit et de trouver un massacre de sang.

Les chemins de la liberté de Sarte: Une trilogie dont j’ai tellement aimé les deux premiers que je me rappelle encore de l’odeur de ma chambre quand je les ai lu. Livres achetés à une librairie d’occassion pour 2$. 2$ qui ont changé ma vie. Des anti-héros, des gens ordinaires, une passion d’être. Ma découverte de la philosophie et de la gauche à 17 ans.

La peste de Camus: Mon premier livre obligatoire que je n’avais pas encore lu. Étrangement malgré le fait qu’il ne s’agit pas d’un livre d’histoire, ce roman a concrétisé pour moi mon choix d’étudier l’histoire. Le narrateur que j’avais deviné au deuxième chapître et que je suivais allègrement dans ses périples. 17 ans.

Les fous de bassan d’Anne Hébert: Roman choisis parce qu’il n’y avait rien d’autre à la bibliothèque. Le choc. La découverte. Des fantômes qui errent sur une plage, une poésie merveilleuse. 18 ans. J’ai aimé le reste de son oeuvre, mais je garde pour cette première lecture une préférence, probablement parce que je n’avais aucune attente.

L’âge de la parole de Roland Giguère: Le poète de mon amour. Celui dont le Geek m’a lu des extraits juste avant de professer pour la première fois son amour. Roland Giguère que je relis secrètement périodiquement, la dernière fois j’ai appris sa mort le lendemain et j’ai pleuré.

Soie de Alessandro Barrico: Mon plus grand coup de coeur. Une économie de mot incroyable, un désir, un besoin. Ce livre est le plus grand de tous, Je l’ai lu un nombre incroyable de fois, je l’ai même lu en italien (version originale) pour mieux en capter l’essence. Une phrase comme une brèche dans mon coeur “Mourir de nostalgie pour quelque chose que je n’ai même pas vécu”. Depuis je m’emplois à ce que cette phrase ne s’applique pas à moi.

Les romans policiers d’Elisabeth George: Un différent par bébé. Chacun rythme une fin de grossesse au repos. Des romans policiers intelligents, sensibles, marquants. À Angélique je m’en suis achetée un aussi, après, comme une tradition.

Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche: J’ai repoussé la lecture de ce livre longtemps. L’auteur m’était antipathique, je refusais de croire qu’il pouvait écrire quelque chose de touchant. Je me trompais… radicalement. Je me rappelle encore pleurer comme une madeleine dans le métro à tel point que des inconnus me demandaient si ça allait. J’avais envie d’hurler que ça n’allait pas, que ça n’irait plus jamais parce que quelque part des Gentille mourraient. Un grand livre.

Il y en a tant d’autres… tellement que je pourrais y passer la nuit. Et le plus beau c’est qu’il y en aura encore d’autres. Et vous des livres marquants?

Deux mois en novembre

Mon petit homme en grande sortie cet après-midi, il a deux mois aujourd’hui.

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J’en ai profité pour capter l’essence de novembre selon moi.

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Quand je serai grand…

Mon Coco qui se questionne sur tout me demande l’autre jour pourquoi
son petit frère ne boit pas du lait de vache comme nous. Pourquoi
il lui faut du lait en boîte ou du lait de sein. Je me lance donc dans une grande explication comme seul sait habituellement le faire le Geek. Je lui parle d’équilibre des vitamines et minéraux, de la richesse du lait de sein et des recherches longues et poussées pour créer un lait ressemblant.

Coco - Il y a des gens qui travaillent pour faire du lait de bébé? Toute leur vie?

Moi - Bien oui il y a des gens qui travaillent pour trouver la meilleure recette possible pour créer un lait qui ressemble un peu au lait de sein.

Coco -Est-ce qu’ils y goûtent?

Moi -Au lait en boîte?

Coco -Bien au lait en boîte et au lait de sein pour savoir s’ils goûtent pareil.

S’ensuit une longue explication dont je vous dispense pour expliquer à Coco que le lait de sein goûte différent d’une maman à l’autre et même d’un moment à l’autre pour une même maman.

Coco -Oui mais est-ce qu’ils y goûtent?

On dirait bien que ça compte pour lui cette question.

Moi -Bien je ne sais pas trop, peut-être bien que oui.

Coco -Ah bien moi en tout cas c’est ça que je vais faire quand je vais être grand.

Moi -Faire du lait de bébé?

Coco -Non goûteur de lait… de lait de sein.

Ah bien… je n’ai pas insisté sur le pourquoi du lait de sein et non du lait en boîte… et je n’ai pas précisé non plus que si ce boulot existe la compétition risque d’être féroce… goûteur de lait de sein… Pourquoi pas.

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