Le féminisme

Comme plusieurs milliers d’entre vous j’ai regardé Tout le monde en parle dimanche et j’ai vu le passage de Benoîte Groult cette pionnière du féminisme. Depuis je lis un peu partout des réactions à son passage, sur des blogues, dans le journal, même le Geek commentait live lors de l’émission. J’ai tout entendu, mais surtout des gens qui réagissaient assez fortement à son discours. Certains la trouvent radicale de dire que de rester à la maison c’est renier son féminisme, que d’être fidèle c’est impossible, que le droit à l’avortement c’est essentiel, etc.

Moi aussi j’ai réagi sur certaines choses. En gros, je suis d’accord avec plusieurs points de vue notamment que le féminisme c’est de pouvoir faire des choix. Ce n’est pas de travailler à tout prix, mais de choisir ce que l’on veut. Mais en même temps je la comprends moi Benoîte Groult. Je la comprends de ressentir de l’amertume face à notre désinvolture alors que cette femme c’est tellement battue pour des choses qui nous semblent acquises aujourd’hui. Alors que sa génération devait se battre comme des forcenées pour avoir le droit de travailler, nous voilà à choisir de rester à la maison.

Je vais faire un parallèle pour illustrer ce que je veux dire, un gros parallèle, mais ça vous donnera l’idée de ce que je veux dire. Disons que vous passez votre vie à crever de faim, à ne rien avoir à bouffer parce que rien ne pousse sur vos terres. Après des années de recherches et d’essais vous finissez par découvrir une sorte de céréale qui pousse et qui pousse bien. Tout à coup, vous mangez, et à votre faim en plus. Vous réussissez même à produire des surplus que vous vendez pour acheter d’autres variétés de produits à manger. Après tout ce travail, vous récoltez. Puis 2 générations plus tard, vos petits enfants vous disent qu’ils ont décidé d’arrêter de récolter la fameuse céréale, qu’elle n’est pas très bonne et que de toute façon vous n’avez plus besoin de produire, vous êtes assez riches maintenant pour vivre de vos réserves. Ça vous fait chier… ces petits blancs becs ne comprennent rien… Une autre image ce pourrait être d’avoir souffert de malnutrition toute votre vie jusqu’à la découverte de la fameuse sorte de céréale pour avoir une petite fille annorexique 50 ans plus tard… Gros comme exemple, mais vous voyez l’idée. Je pense que c’est ce que Benoîte Groult ressent… On prend les choses pour acquis, on veut choisir, ce qui est bien, mais pour ceux qui se sont battues le choix leur semble aberrant. Quand tu te bas corps et âmes pour quelque chose ça doit sembler plutôt incroyable de voir ceux pour qui tu t’es battu ne pas en profiter quelques générations plus tard.

Cela étant dit je pense que le féminisme c’est en effet d’avoir le choix… mais pas le choix de seulement quelques aspects, le choix de tout. Le choix de travailler ou rester à la maison, d’allaiter ou non, d’accoucher sous épidurale ou naturel, de faire ou de ne pas faire d’enfant, d’avorter, etc. Être féministe ça ne veut pas dire d’être en accord avec tout ça, de ne pas avoir de préférence, mais ça veut certainement dire de respecter les choix de chacun et de ne pas oublier qu’il y a de cela pas si longtemps des femmes comme Benoîte se sont battues pour ce choix. Et aussi de ne pas oublier que d’autres ne se gênent pas pour retirer cette possibilité de choisir… Être féministe c’est être libre… libre de choisir.

Comments

  1. octobre 3rd, 2006 | 8:50 pm

    Vu comme ca je comprends mieux et je suis d’accord. Ton exemple est très bon et fait beaucoup de sens ! Je comprends mieux sa réaction à présent, moins drastique que ce que j’en pensais au départ ;)

  2. octobre 4th, 2006 | 7:31 am

    C’est un peu la réaction de ma belle-mère. Elle s’est battue toute sa carrière pour avoir une égalité entre les salaires des femmes et hommes dans son domaine. Elle était même ombutswoman! Elle ne comprend pas que sa fille et moi ne donnons pas nos noms aussi à nos enfants “vous les avez portez 9 mois.. c’est pas assez??”. Je comprends son point de vue, mais j’ai vu aussi les jeunes “pris” avec 2 noms de famille, long comme un bras et ça ne nous dit rien. C’est quand même vrai qu’il faut faire attention de ne pas faire reculer nos acquis…

  3. octobre 4th, 2006 | 8:48 am

    Nath, j’adore ta façon de voir les choses! Ton raisonnement est super intéressant. C’est vrai que de dépenser les réserves, ça fait pas des enfants forts quand y’en a plus.

    Est-ce qu’il faudra alors tout recommencer?

    Et puis, on oublie toujours à quel point il fait bon être femme au Québec, disons, si on compare avec le trois quarts du reste de la planète… J’aimerais pas être une femme à Dubaï, à Bangui ou à Calcutta.

  4. octobre 4th, 2006 | 8:58 am

    @Mya’nha: Il ne faut pas oublier qu’elle a aussi 84 chandelles… et qu’il y a 50 ans c’était pas la joie pour les femmes. En plus, elle est aussi française et le contexte européen est différent.

    @Dr Maman: Oui pour les noms c’est pareil. Au moins ici on a le choix… Moi non plus je ne voulais pas deux noms, mais je pouvais choisir. Je pense à ma belle-mère il y a 22 ans qui voulait donner son nom à son dernier fils… Le curé n’a pas voulu… C’est le baptême qui inscrivait l’enfant à l’état civil, je pense qu’elle n’a même pas considéré de ne pas le baptiser à ce moment là. C’est pas si loin 22 ans…

    @Chroniques: Exactement au Québec on est gâté, mais ce n’est pas partout comme ça. En plus, avec des Harper faut faire attention, je suis certaine que sa conception de la maman à la maison n’a rien à voir avec celle des jeunes féministes qui font ce choix… Et il me semble que c’est plutôt aberrant de reculer dans ce domaine quand même.

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