Un matin ou peut-être une nuit

Un matin tu te lèves (à 4h00 on dit matin ou nuit? On va dire matin c’est moins déprimant), alors tu te lèves et tu prends ton fils de 3 semaines 1/2 qui réclame son dû. Tu le regardes et tu te dis qu’au fond ce n’est pas si compliqué, que la vie est simple, que lui a tout compris, un bedon bien remplit, pas de pipi aux fesses, la chaleur des bras, le bonheur. Tu lui donnes à boire et tout à coup tu te sens fondre, l’amour te submerge et tu te dis que tu dois être hormonale, que ça va faire de brailler de même, mais il est si beau. Tu le regardes et tu vois tes autres enfants, tu vois ton chum aussi et tu te demandes tout à coup à quoi ta petite puce aurait ressemblé. Tu réalises aussi que si elle était là, ce petit coco lui n’y serait pas. Et c’est comme si tout prenait un sens, les choses trouvent leur place, tu comprends pourquoi tout ça est arrivé. Tu ne pourrais pas l’expliquer, mais tu comprends. Tu sais que dans la mort on trouve aussi la vie et ça te rassure. Ça te rassure de comprendre que la fin c’est aussi le début. Un matin ou peut-être une nuit tu te lèves et tu te dis que tu en as de la chance, que ce bébé, ces deux grands enfants, ce chum, tout ça, c’est beaucoup pour une aussi petite personne. Tu regardes ton fils et pour la première fois tu as hâtes de le voir grandir, tu ne veux pas qu’il reste petit toujours, tu ne crains pas de le voir vieillir. Pour la première fois, tu trouves que ça va vite, mais tu ne changerais rien, parce qu’un bébé qui reste toujours petit tu en as et qu’un ça te suffit. Un matin ou peut-être une nuit tu trouves enfin la paix avec la mort et paradoxalement avec la vie. Tu berces ton fils en pensant à ta puce qui n’est plus et tu ne pleures pas, tu souris.

Comments

  1. septembre 28th, 2006 | 7:53 am

    Merci pour cette pensée, tout y est en perspective. Tu m’as fait pleuré.

  2. septembre 28th, 2006 | 9:30 am

    Ton billet me touche.

    J’ai amorcé déjà une réflexion semblable après la mort de Thomas, mais je ne connais pas encore ma propre conclusion. Si j’avais un autre enfant, cet enfant trouverait le sens de sa vie dans la mort de son frère qu’il n’aura jamais eu la chance de connaître.

    Assez weird comme perspective. Je suis très heureuse de savoir que l’issue d’un drame puisse apporter un sentiment si noble et si beau.

  3. forsythia
    septembre 28th, 2006 | 9:54 am

    Tu as tout compris. Tu es sage chère Nath, super sage. Je te souhaite tout le bonheur du monde.
    Tu l’as déjà dans tes bras …

  4. Karakorom
    septembre 28th, 2006 | 12:50 pm

    “Pour la première fois, tu trouves que ça va vite, mais tu ne changerais rien, parce qu’un bébé qui reste toujours petit tu en as et qu’un ça te suffit.”

    Tu as la délicatesse des mots Nathalie…C’est très beau et très fort…

  5. septembre 28th, 2006 | 1:55 pm

    Très touchant. Y’a pas que les petits qui grandissent, on grandit tous un peu chaque jours, certains jours (nuit ou matin) plus que d’autres.

  6. septembre 28th, 2006 | 2:17 pm

    Très beau texte Nathalie.
    Je viens souvent te lire et j’apprécie ta franchise.
    Tu es capable de mettre des mots si doux sur un évènement si dur…

  7. septembre 28th, 2006 | 2:52 pm

    Wow…

    Très bien exprimé.

    Un enfant N’EN REMPLACE PAS un autre mais ça met un sapré baume par contre!

    Moi, autant pour ma fausse couche qui a été suivie de la venue de ma fille que pour l’IMG que j’ai vécue qui a été suivie de la naissance de mon fils, j’ai ressenti beaucoup d’apaisement quand l’histoire a fini par avoir un dénouement heureux.

    Une amie m’a déjà demandé si je me questionnais parfois à savoir à quoi ressemblerait Mini aujourd’hui. Moi je ne me le demande pas vraiment non, ça me semble si “loin” et c’est comme si ça n’avait pas rapport du tout, que je me demande cela. Mini c’est Mini, il était ce qu’il était et j’ai toujours su qu’il n’en serait jamais autrement. Une seule image, une seule étape. Il est à jamais immortalisé et c’est ainsi que ça doit être.

    Tout comme toi, s’il y avait eu Mini, il n’y aurait pas eu Bébé… Nous n’avions pas à avoir Mini, nous n’avions pas à avoir cet enfant là à ce moment-là. Moi j’ai fait la paix avec ça et oui, un jour il faut passer à autre chose. Ça n’enlève rien aux sentiments qu’on a envers nos enfants “perdus”.

    Ceci dit, je suis très heureuse d’avoir découvert, en côtoyant ce blog, celui de Grande-Dame, que j’ai reconnu à travers son message ici et que je me ferai une joie de lire.

  8. septembre 28th, 2006 | 9:26 pm

    Touchée je suis, très joli texte qui va droit au coeur…

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