Parce que je sais

Aujourd’hui visite hebdomadaire à l’hôpital. En gros et pour faire bref, tout est sous contrôle, rien n’est parfait, mais ça va. Et très bonne nouvelle Brice s’est tourné… J’avais 20% des chances qu’il tourne et l’adorable petit loup a écouté sa maman. Et le tout mesdames et messieurs sans aucunes interventions loufoques, même pas de fesses en l’air… ça me donnait le tournis.

Je me pointe donc à l’hôpital pour mon rendez-vous qu’on m’a fixé tôt… vraiment tôt et comme je me présente au poste je vois un couple sortir de ce que j’ai dorénavant baptisé la chambre de la douleur. L’endroit où les bébés envolés naissent, une petite carte discrète sur la porte signale un deuil… Je savais donc ce qu’ils vivaient. Mon coeur s’est arrêté de battre, dans ses yeux j’ai vu et j’ai su. J’aurais voulu la prendre, lui dire, la bercer, lui murmurer non pas que je comprends, non parce que je ne comprends pas je ne suis pas elle, mais que je sais. Oui, je sais. Mon coeur, mon corps, ma tête, mon âme sait ce qu’elle vient de laisser derrière, ce qu’elle vient de vivre. Je sais que jamais demain ne sera comme hier, que le monde a perdu un peu de couleur et que rien ne sera jamais plus pareil. Et en même temps j’aurais voulu disparaître, fondre et me couler dans le plancher pour ne pas qu’elle voit mon gros ventre rebondi. Parce que elle ne sait pas que je sais et que ce ventre est le rappel de ce qu’elle n’a plus. J’aurais voulu lui dire tout ça, mais j’ai baissé les yeux, par respect et j’ai pensé à ce petit être qu’elle laissait derrière, cette petite vie qui ne serait jamais. Puis une fois partie j’ai posé les mains sur mon tout petit gigotant et j’ai dit merci. Je ne sais trop à qui, mais j’ai dit merci pour ce cadeau, cette deuxième chance. Et j’ai aussi eu une pensée pour ma puce si minuscule qui n’aura connu que cette chambre comme maison et je l’ai remercié aussi d’avoir fait de moi ce que je suis maintenant. Parce que je sais, mes pensées vont vers ce couple en ce moment, je pense à eux et j’espère qu’ils auront la chance que j’ai.

Comments

  1. forsythia
    août 18th, 2006 | 7:23 am

    Y’a tellement pas de mots pour ça … mais toi, tu les as trouvé.

  2. août 18th, 2006 | 7:50 am

    Shit. 8H30, c’est de bonne heure pour brailler comme un veau. Merci de l’avoir écrit. Ça fait du bien, comme chaque fois qu’on constate qu’on est pas seuls. xxx

  3. août 18th, 2006 | 8:37 am

    Oyoye ça pince au coeur…
    Tous les espoirs envolés… Je crois qu’on ne peut pas imaginer comment la disparition d’un être qui n’est pas encore né peut être difficile, je ne l’ai jamais vécu, mais ton texte le fait très bien ressentir! Pour une fois je comprends mieux.

  4. août 18th, 2006 | 8:47 am

    Merci!
    C’est vrai que perdre quelque chose qui n’a jamais vraiment été est particulier. Disons qu’avec les hormones je me sens un peu démunie face à tout ça, j’essaie comme je peux de doser la joie et la peine. Et comme dirait mon aïeul de sa voix tremblotante “Un jour à la fois…” ;o)

  5. août 18th, 2006 | 9:08 am

    Ca me fait toujours un pincement des histoire comme ca…. les enfant et bébé ne devrait pas etre malade et ne devrait pas mourir….. je pense à eux..

  6. Juemo
    août 18th, 2006 | 11:26 am

    Bon bien, je braille! on dirait que j’essayais de me trouver une excuse pour pleurer! Je viens de la trouver! C’est tellement triste!

    Je sais pas si c’est les hormones ou la fin de grossesse mais ouf, j’ai juste le gout de brailler aujourd’hui!

    Faut reconnaitre la chance qu’on a lit des histoires comme ça!

  7. août 27th, 2006 | 1:29 pm

    Oufff… tellement vrai et c’est tellement ce que je ressentirais moi aussi si cela m’arrivait de voir un couple qui vient de vivre ce que nous avons vécu…

    Je sais pas encore toute ton “histoire”, je vais peut-être la trouver ici, je vais chercher. Mais tu devrais aller me lire (sur mon blog). Je crois qu’on a vécu un peu la même chose…

    Je te souhaite un beau bonhomme en pleine santé, pétant de vie.

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