Avoir un enfant c’est merveilleux et magnifique, ça vient avec un lot incroyable de joie et de bonheur, mais ça vient aussi avec des inquiétudes et avec quelques maux de tête et de Coeur (avec un C majuscule oui, oui). Ça vient aussi avec certains deuils à faire et certaines décisions difficiles… dans les deux dernières années j’ai mis à mal beaucoup de mes convictions, j’ai remis en question bien des choix et j’ai pris des décisions que je ne pensais jamais prendre.
Ce message est pour moi difficile, je ne suis pas en paix total et complète avec tout ça, j’ai peur aussi et avouons le bien franchement un peu honte d’avouer ce que j’ai fait. Toutefois, hier j’ai eu une grande récompense, un immense bonheur qui ne vient pas corroborer hors de tout doute que ce j’ai décidé est bel et bon, mais qui confirme que ce n’est pas mauvais non plus. Je fais donc mon coming out et je partage, parce que je sais que plusieurs vivent la même chose dans le silence et que le silence est le meilleur ami du doute, du déni et de l’enfermement.
Ma fille, ma magnifique fille n’est pas tout à fait comme les autres… ma douce, ma belle est différente. Elle n’a pas de handicap majeur, sa vie n’est pas en danger loin de là, mais elle n’est pas comme les autres . Ma fille a un trouble du déficit de l’attention (sans hyperactivité, un TDA pour les connaisseurs). Je pourrais expliquer en long et en large ce que c’est, je pourrais aussi justifier… je l’ai tellement fait, mais pas là, pas maintenant. Ma fille a un TDA diagnostiqué officiellement, preuve scientifique et médicale à l’appui. Elle ne part pas juste dans la lune comme cela, elle ne manque pas de stimulation et ça ne passe pas avec le temps… Et surtout elle n’y peut rien, rien du tout, pentoute. Malgré tous ses efforts et sa bonne volonté (et elle en a tant démontré) elle n’arrive pas à surmonter son problème. Et voilà où j’ai du faire des choix difficiles.
Petite aparté, je dis je, mais tout ceci devrait plutôt se décliner au nous. Le Geek et moi on a décidé ensemble comme une famille, comme un couple, comme des parents. En se remettant mutuellement en question. En se soutenant et se contredisant à tour de rôle, mais surtout, surtout en s’aimant. Le Geek c’est un merveilleux père, en fait c’est un merveilleux humain, mais il est et a été dans cette histoire un papa incroyable, habité de doutes, de questionnements, mais surtout transcender d’amour. Alors, lisez chacun des je comme des nous et sachez que je n’étais pas seule même s’il m’arrive d’oublier parfois que nous sommes deux tellement il nous arrive de ne faire qu’un.
Tout ça pour dire que j’ai décidé d’y aller pour la médication. Le neuropsy, le psychologue, la pédiatre, tout le monde me disait que c’était la bonne solution, The solution, l’unique. Je doutais, j’ai douté, je doute encore, mais ma fille s’enfonçait et j’ai cédé. La peur au ventre, le doute au coeur, et la culpabilité au tapis. Ce que j’ai pu en entendre aussi… Tu es certaine? Bien voyons ça va passer? Ah oui, ils sont tellement vite sur la médication… Tu es certaine? Parce que moi tu sais… des médicaments… Tu es certaine? Tu es vraiment certaine?
Non!
Non, je n’étais pas certaine, je ne le suis pas encore… je ne le serai jamais… et pourtant les faits me prouvent qu’à défaut de ne pas être certaine je n’ai pas eu complètement tort.
Hier, c’était le spectacle musical de fin d’année de ma grande… son spectacle de finissante en plus, fini le primaire pour elle. J’ai vu sa prof. Je savais que ma fille avait remonté la pente, que ses résultats s’étaient nettement améliorés, qu’elle n’était plus au fond. Mais rien ne m’avait préparé pour ce qu’elle m’a dit. Ma fille, celle qui on espérait il y a un an et demi arriverait à terminer son secondaire tellement ça n’allait pas fort, tellement le diagnostique nous sciait. Bien ma fille est la meilleure de sa classe… que des A dans les examens du ministère… Et plus encore… je suis presque gênée, je ne veux pas la vanter, mais elle a tellement travaillé, elle est la meilleure de sa promotion. Elle a réussi des numéros dans ses examens que certains profs n’arrivaient pas à faire… Ma fille, la TDA, la pas bonne, la différente! Ma fille a réussi ça. Et je suis tellement, mais tellement heureuse. Faut la voir se gonfler de fierté, faut la voir retrouver sa confiance, parce que c’est ça tout le drame du TDA, sa confiance qui s’effrite, son estime qui descend. Je suis heureuse, pas pour les notes (j’aurais très bien vécu avec des 70%), mais pour son accomplissement. Et soyons francs parce qu’à tout ceux qui m’ont jugé, qui ont douté de mes décisions et qui se sont permis de me culpabiliser, je peux dire “Vlan dans les dents!”. Elle fonctionne parfaitement, sans mesure compensatoire, sans étiquette de besoins particuliers. Ma fille est différente, mais elle est parfaite. Ma fille est différente, mais elle est pareille. J’en ai braillé tellement j’étais heureuse, comme une Madeleine, sans retenue, sans filtre, devant la prof, la directrice et à sa plus grande honte devant ma fille… qui était toutefois bien souriante… Il y a comme un barrage qui a lâché, dedans ma tête, dedans mon coeur, mon coeur de maman, mon coeur de pédagogue, mon coeur de femme aussi.
Je doute encore… je douterai toujours. Je me remettrai sûrement encore en question beaucoup… je regretterai peut-être même, mais une chose est certaine, aujourd’hui en voyant son cheminement je me dis comme l’ancêtre de la famille disait: vaut mieux regretter que dans avoir toujours envie.